Christophe Alévêque : «L’humour peut être une arme pédagogique magnifique contre l’ignorance »

Trouvez-vous que cette campagne électorale est riche en idées ?

Pour le métier que je fais oui c’est niquel ! Pour les Français … Cela dit, je trouve que les débats sont plutôt intéressants dans l’ensemble. Il y a des débats vachement intéressants sur plein d’idées. Et puis après ça dépend des candidats mais bon. Et puis il y a des nouveaux. Je trouve que cette campagne présidentielle est étonnante.


Vous ne regrettez pas Sarkozy pour votre métier ?

Ben non, on a Fillon maintenant ! Tu rigoles ou quoi ! Mais lui c’est peut-être trop au bout d’un moment. Même pour nous. C’est déjà une caricature. Donc caricaturer une caricature …

On parle assez de la dette dans cette campagne ?

Je trouve qu’on ne parle pas beaucoup de la dette française. Pour en parler, grosso merdo il y a deux solutions : un, c’est Hamon qui dit « on laisse couler » -je caricature-, et puis Fillon qui fait « maintenant stop, 500 000 fonctionnaires en moins, on rembourse moins ». Je pense qu’il doit y avoir un juste milieu.

Depuis quand la dette se fête ?

Depuis qu’on a décidé que ce n’était plus un fardeau. Depuis qu’on a décidé, malgré nos racines judéo-chrétiennes, d’arrêter de culpabiliser. Parce que cette dette, on l’appelle la dette souveraine parce qu’elle n’a pas été élue. Ce n’est pas que du négatif. Ce n’est pas qu’un poids. Un pays qui n’est pas endetté, ça n’existe pas. Ça ne veut pas dire que la dette c’est bien. Moi je fais tout ça depuis quatre ans car je me suis aperçu que, moi le premier, je pensais savoir des choses et en fait j’étais complètement à côté. Parce que j’étais victime comme beaucoup de gens des idées reçues qu’on entend régulièrement. La plus grande et la plus ridicule étant : la dette privée et la dette publique c’est la même chose. Donc les gens se disent qu’ils doivent de l’argent, qu’ils doivent rembourser, et que pour l’Etat c’est pareil. Non. Pas du tout. L’Etat est immortel, nous malheureusement nous ne le sommes pas. Le spectacle sert à décrypter car l’humour peut être une arme pédagogique magnifique pour éviter que l’ignorance soit une usine à conneries phénoménales. Parce que quand on ne comprend pas on a tendance à s’énerver contre les financiers, un système, les banques – qui ont quand même une responsabilité, l’Europe, l’étranger … et tout ça ce sont des conneries. Et on le voit pendant cette campagne : gonflés par leur idéologie, les candidats nous disent quand même beaucoup de conneries. Si on veut que les gens participent au débat, il faut qu’ils aient des billes, des armes et malheureusement, pour une majorité de la population ce n’est pas le cas. Ça me rappelle les décrocheurs. Quand il y a un débat télé, au bout de cinq minutes, les gens décrochent parce que c’est le sérail.

Vous dénoncez les absurdités autour de la dette. Pouvez-vous nous en citer un exemple ?

Les 3% de dette par exemple. Ce n’est basé sur rien. Ces 3% viennent d’un mec du ministère de l’Economie en 1981. M. Mitterand demande quelque chose pour que ses ministres arrêtent de lui demander du pognon. A l’époque, on était endetté à hauteur de 1,8%. Là, le mec pond les 3%. On lui demande si c’est basé sur une théorie économique, sur des calculs. Il répond « non, c’est parce que cela me fait penser à la trinité ». On aurait pu dire 4%. Si le mec dit 4, on n’est pas en crise. S’il pense aux nains, tout va bien.

Votre fête de la dette se veut aussi solidaire, puisque l’intégralité des fonds sera reversée au Secours populaire français.

Oui, cette fête se veut ludique, éducative et solidaire. C’est le meilleur programme qu’on peut vous proposer en ce moment. On entend beaucoup parler d’exemplarité et de transparence, en ce moment, mais ce ne sont que des mots. Cette fois ce ne sont pas que des mots mais des actes. L’intégralité sera reversée au Secours populaire, on sait que l’argent va vachement aider beaucoup de gens.

L’humour n’est drôle que si c’est dramatique ?

Bien sûr. Le truc le plus drôle du monde, c’est une mamie qui glisse sur une peau de banane et qui se casse la jambe. La première réaction c’est de rire. Tu ris, mais tu ne sais pas pourquoi. Parce que c’est terrible. Avec ce qui se passe dans l’actualité, je le sens, il faut que les gens lâchent. Quand il y a eu les attentats, les gens avaient besoin de lâcher. C’est une vraie thérapie collective. Les gens ne rient plus de la même façon depuis 2015.

Réalisé par Maëva Gardet-Pizzo

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