Yannick Jadot, de Greenpeace à la présidentielle

Outsider victorieux de la primaire écologiste, le candidat Europe écologie les verts (EELV) a toujours souhaité faire sortir l’écologie de sa niche électorale. Un vœu que le rassemblement de la gauche auquel il s’attelle ces derniers jours pourrait exaucer.

[#Présidentielle2017] Yannick #Jadot, de Greenpeace à la présidentielle
Photo AFP 

Le soir, dans sa maison picarde, le tout jeune Yannick rêve d’un monde plus vert. En témoignent les deux posters placardés au-dessus de son lit. Sur l’un, Dominique Rocheteau, joueur des Verts de l’ASSE dans les années 1970. Sur l’autre, la baleine de Greenpeace. À la maison, « il y avait une fibre écolo qui se manifestait par une opposition à la chasse à courre », raconte l’un de ses trois frères. On vivait à la campagne, notre père plantait des arbres. Notre vie était en pleine nature ». L’enfant est aussi nourri de l’engagement politique de son père avec qui, alors âgé de sept ans, il parcourt les rues dont il colore les murs d’affiches de François Mitterrand.

Aventurier et engagé

Rapidement, le jeune homme veut découvrir le monde. Il y parvient, parcourant le Burkina Faso ou le Bengladesh. Au cours de ses excursions, il œuvre pour la solidarité internationale et l’environnement. Comble de sa carrière associative, il devient en 2002 directeur des campagnes de l’ONG Greenpeace, la même que sur le poster, dans la chambre d’enfant. Cette aventure lui vaut une condamnation pour atteinte aux intérêts supérieurs de la Nation. Son crime : avoir pénétré sur une base opérationnelle de la rade de Brest et tenté d’attacher un zodiaque de Greenpeace à un sous-marin nucléaire. Au cours de ses missions, il a également été espionné par Elf. William Bourdon, l’avocat qui l’a défendu dans cette affaire se souvient de lui comme quelqu’un qui « incarne un trio de qualités rares : une grande intégrité, un vrai humanisme et le souci de la rigueur technique ».

Des vertus qu’il veut mettre au service de son engagement politique, dans l’ombre d’abord, chez les Verts dont il est adhérent depuis 1999. Il gère les relations entre les organisations altermondialistes et Noël Mamère, candidat à la présidentielle de 2002 et dirige la communication de campagne pour les élections européennes en 2008. Elections mémorables pour les Verts qui enregistrent 16,8% des suffrages et qui valent à Yannick Jadot un siège au Parlement européen. Le député y est remarqué pour sa rigueur et sa connaissance aiguisée des dossiers.

Ardent défenseur de l’Europe, celui qui a milité pour le « oui » au traité pour une constitution européenne de 2005 n’en demeure pas moins critique.

Une vision moderne

Spécialiste des questions climatiques, le député s’oppose vivement aux traités internationaux. « Vous prétendez parler au nom des citoyens européens mais qu’est-ce que vous leur direz quand la Commission fera enfin son boulot sur les perturbateurs endocriniens et que Bayer et Monsanto feront condamner l’Europe pour les mesures prises ? » s’indigne-t-il lors d’une puissante prise de parole au Parlement européen.

Yannick Jadot défend une vision moderne de l’écologie, ancrée dans les réalités économiques et sociales. Désireux de faire sortir les questions environnementales de leur niche électorale, il veut les placer à la lumière des débats. Pour ce, aux côtés de Thomas Piketty et Cohn-Bendit, celui que ses proches surnomment « l’ange vert » – en référence à Dominique Rocheateau – milite pour une grande primaire de la gauche. Mais dans le climat de tension qui entoure la loi Travail et actant le choix de Jean-Luc Mélenchon de se présenter quoiqu’il advienne, il abandonne l’idée. Il compte alors sur la candidature de Nicolas Hulot qui finalement renonce. C’est à ce moment-là que l’ancien de Greenpeace se lance. À la surprise générale, il remporte la primaire d’Europe écologie-Les verts.

Lucide, il sait qu’il ne parviendra pas à se hisser au second tour de la présidentielle. Mais la victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste a nourri un espoir, celui de voir ses idées écologistes germer sur l’ensemble de la gauche et d’envisager une candidature commune qui permettrait d’en récolter les fruits. En effet, comme le candidat de la France insoumise, le socialiste a consacré à l’écologie une place majeure dans son programme. Abandon du projet de Notre Dame des Landes, développement des énergies renouvelables, rejet des traités de libre-échange, mais aussi droit de vote des étrangers ou RSA pour les 18-25 ans; de profondes convergences lient les trois candidats.

Tellement de convergences que Yannick Jadot se prend à rêver d’une gauche sociale, européenne et écologiste qui, si elle parvenait à se ranger derrière un candidat unique, aurait, selon ses termes, « la possibilité qu’on n’imaginait pas il y a quelques semaines de créer l’espoir et de gagner ».

Maëva Gardet-Pizzo – La Marseillaise (23 février 2017)

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