Ubérisation de l’économie. Cinq questions à Grégoire Leclercg.

Parallèlement à ses activités d’entrepreneur, Grégoire Leclercg occupe le poste de président de la Fédération des auto-entrepreneurs depuis mars 2009. Il a également fondé l’Observatoire de l’ubérisation dont il nous explique les objectifs.

Quel est l’objectif de l’Observatoire ?

C’est un double objectif. Tout d’abord, il s’agit de vulgariser ce qui se passe autour de ce phénomène. Globalement, un travail d’information se fait, mais il est imprécis. L’ubérisation est utilisée à toutes les sauces. Il faut une vision précise, et éviter les incantations. Le second objectif est d’influencer les décisions. Et ce, en rencontrant les décideurs, les grands chefs d’entreprise, les parlementaires, les journalistes, syndicats … etc afin de les alerter sur l’urgence du problème et la nécessité d’agir.

En quoi l’ubérisation est-elle un « problème » ?

L’ubérisation porte des contradictions intrinsèques. Il y a le côté pile avec le grand gagnant : le consommateur. Il est hyper satisfait par cette nouvelle transformation. Il est flatté, encouragé dans tout ce qu’il adore : pouvoir noter, comparer, gagner du temps, de l’argent, répondre à ses besoins de mobilité, d’ergonomie … L’ubérisation gomme tout ce qui lui cassait les pieds.

Mais il y a aussi le côté face : la déstabilisation de l’économie traditionnelle. Je pense – et j’en ai parlé au prix Nobel d’économie qui était d’accord avec moi – que nous assistons à la première révolution industrielle qui crée de la croissance tout en détruisant l’emploi. C’est un problème car pour le coup, le travailleur est en train d’être sapé dans ses certitudes : assurance, système par répartition, cotisations … Il est sapé par ce nouveau modèle complètement déséquilibré par rapport au modèle conçu jusqu’alors. Il y a un problème dans le conception du mode de travail, dans le droit du travail, la précarisation ou encore la financiarisation de l’économie. Par exemple, il est difficile pour un travailleur indépendant de louer un logement.

Est-ce que vous pensez que ce phénomène est inévitable ?

Il n’y a rien d’inévitable. Ce n’est inexorable qu’à une condition : si le consommateur continue de le plébisciter. Si le consommateur y va, s’il y a de la croissance derrière, ça continuera. On voudra copier ce modèle dans tous les services où l’ubérisation n’est pas encore présente. Si le consommateur a envie d’être plus responsable, le phénomène pourra s’arrêter.

Que pensez-vous des réactions des hommes politiques vis-à-vis de l’ubérisation ?

Il y a de tout. Certains sont très au courant du phénomène, ils ont compris, mais sont plutôt assez minoritaires. La majeure partie ne s’y est pas vraiment intéressée, ce n’est pas sa priorité. Enfin, certains s’y intéressent mais rejettent en bloc, ils ont des œillères.

Qu’est-ce que vous préconisez ?

Il ne faut pas laisser faire, on ne va pas laisser l’économie se faire déstabiliser. Il faut refaire ce qu’on a fait avec les précédentes révolutions industrielles.

Il faut informer les entreprises. Il faut penser à rassembler le plus largement possible tous les acteurs pour comprendre les enjeux, le souci de la protection des données … discuter, construire un modèle avec eux. Cela, c’est pour la méthode. Sur le fond, il faut être ferme sur les prix, sur les données. Aujourd’hui on laisse tout faire. Les Américains, les Japonais, les Chinois n’auraient jamais accepté ça. On accepte que des entreprises américaines soient premiers dans des secteurs chez nous et fassent ce qu’elles veulent avec nos données, avec les prix ou la fiscalité. Et puis, cela passe par une réflexion globale sur la protection sociale des indépendants que l’on a laissé tomber pendant soixante ans. La caisse des indépendants est inefficiente.

Est-ce qu’on accepte d’avoir deux castes : d’un côté les salariés hyper protégés (contre les maladies, avec des congés payés, des mutuelles, des primes d’intéressement …) et de l’autre une caste d’indépendants beaucoup moins protégés (ni mutuelle, ni prévoyance …). C’est un grand chantier.

Réalisé par Maëva Gardet-Pizzo

 

 

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