Benoît Hamon, le frondeur conquérant

Benoit Hamon, l’ancien militant devenu homme politique chevronné, a été désigné dimanche dernier comme le candidat du Parti socialiste dans la course à l’Elysée. Portrait.

En 2008, Benoît Hamon co-fonde le mini-parti « Un monde d’avance ». Il y réunit toute l’aile gauche du PS dont Jean-Luc Mélenchon qui voit en lui « la relève générationnelle ».  Photo AFP

Dimanche 29 janvier. Il se tient droit derrière un pupitre portant les couleurs du pays duquel il veut « faire battre le cœur ». En ce soir de victoire, il ne cache pas sa fierté : « J’aurai l’honneur de pouvoir incarner, après François Mitterrand, Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande, vos attentes de progrès, vos espoirs de justice ». Depuis quelques heures, Benoît Hamon sait qu’il sera le candidat du Parti socialiste pour l’élection présidentielle de 2017. Un moment-phare pour celui dont le parcours a toujours eu des parfums de fronde.

26 juin 1967. Benoît Hamon inspire sa première bouffée d’air, un air breton. Après quelques années passées en banlieue parisienne, l’enfant, âgé de neuf ans, s’envole aux côtés de ses parents pour le Sénégal. A Dakar, le jeune Benoît est scolarisé dans une école chrétienne, au milieu d’enfants de toutes origines. De retour dans la grisaille brestoise, quatre ans plus tard, il est confronté au racisme, aux blagues vaseuses, aux badges « Touche pas à mon peuple » fièrement arborés par les adeptes du Front national. Indigné, il envoie un courrier à SOS racisme, « pour qu’ils m’envoient des épinglettes dans une enveloppe où il y avait écrit le fameux slogan “Touche pas à mon pote” » raconte-t-il. Un militant est né.

Dans la rue, il est de ceux qui martèlent des slogans lorsque le ministre Devaquet projette de réformer les universités. Le jeune breton se fait remarquer et devient, en 1993, président du Mouvement des jeunes socialistes, pour deux ans. Influent, jamais autoritaire, il obtient l’autonomie du mouvement contre l’avis de Solférino. « Il pensait que les jeunes pouvaient avoir leur propre discours, faire de la politique autrement.», explique Marion Pigamo, porte-parole de Benoît Hamon dans les Bouches du Rhône.

MJS, Unef, LMDE… autant d’organisations étudiantes autour desquelles le jeune breton tisse son réseau. Il place ses proches. Des appuis solides qui seront décisifs tout au long de sa carrière. Une carrière faite de mandats dans quatre territoires électoraux allant du Grand Est à l’Île de France, en passant par l’Essonne et les Yvelines. «C’est un homme d’appareil avec une certaine finesse », juge Gérard Filoche (PS).

A gauche toute !

Sa connaissance du jeu politique, l’idole des jeunes socialistes la met au service de ses convictions. En 2008, le « petit Ben » comme aime à le surnommer Martine Aubry, co-fonde le mini-parti « Un monde d’avance ». Il y réunit toute l’aile gauche du parti dont Jean-Luc Mélenchon qui voit en lui « la relève générationnelle ». Il milite pour une économie plus régulée, prône la retraite à 60 ans. Stratège, il fait cependant des concessions au profit de la ligne incarnée par François Hollande. C’est ainsi qu’il rejoint le gouvernement en 2012, en tant que ministre de l’Économie sociale et solidaire. Il développe cette économie alternative et prend des mesures afin de rééquilibrer les rapports entre consommateurs et producteurs.

Lorsque Manuel Valls devient Premier ministre, il obtient le porte-feuille de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Un passage éclair puisqu’en 2014, il suit son ami Arnaud Montebourg et quitte le gouvernement, rejoignant la fronde contre une orientation jugée trop libérale.

De retour à son siège de député des Yvelines, il tient tête face à la loi Macron et à la déchéance de nationalité. Il est aussi à l’origine de plusieurs propositions sur le droit de vote des étrangers ou la reconnaissance du « burn-out » comme maladie professionnelle.

 Un programme qui détonne

Tout au long de la campagne de la primaire, le frondeur a lutté contre la ligne droitière du PS au moyen de propositions originales qui ont donné le ton aux débats. « Il a une capacité à réinventer le futur, il a surtout parlé à l’intelligence des gens», estime Benoît Payan, président du groupe socialiste à la mairie de Marseille. « Les jeunes retrouvent un écho dans ce qu’il propose, car il parle des problématiques qui les concernent. Il pense sur le long terme. », complète Marion Pigamo. Nourri des travaux de chercheurs, de la société civile, « il a réfléchi au monde, explique Benoît Payan, il s’est persuadé en travaillant, en amendant sa réflexion avec intelligence ». Homme de son temps, il fait sienne la question environnementale. « Je ne serai plus socialiste sans être écologiste » déclare-t-il, s’attirant ainsi le soutien de Noël Mamère et Nicolas Hulot.

Une modernité qui semble avoir séduit, particulièrement chez les jeunes venus l’acclamer alors qu’il prononce son premier discours en tant que candidat à la présidentielle. « Nous sommes 66 millions de cœurs qui battent, ensemble faisons battre le cœur de la France », clame-t-il avant de brandir une rose, comme un Graal qu’il rapporte à l’aile gauche du PS. Conquérant.

 Maëva Gardet-Pizzo – La Marseillaise

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s