Revenu universel : beaucoup de bruit … pour quoi ?

Au cœur des débats des primaires de la gauche, le revenu universel, présenté par certains comme une solution miracle à la précarité risquerait de devenir la caution d’une ubérisation globale du marché du travail.

 

« Benoît, te décourages pas, c’est la seule idée nouvelle qu’on ait depuis des années » a supplié Jean-Luc Benhamias lors de l’ultime débat de la primaire. Un débat qui a, une fois de plus, vu les candidats s’écharper au sujet d’une recette vieille du XVIe siècle : le revenu universel. Si Benoît Hamon et Jean-Luc Benhamias s’opposent à Manuel Valls sur la présence ou non de conditions de ressources, tous trois sont favorables à l’instauration d’un socle qui permettrait à chacun de survivre malgré des carrières de moins en moins linéaires. Mais même avec les meilleures intentions, même résolu l’épineux problème de la faisabilité qui a enflammé la primaire, ce qui est conçu par certains comme le remontant miracle face à la précarité pourrait vite tourner au vinaigre.

 

Le revenu de base répond à des inquiétudes légitimes, en premier lieu desquelles, la pauvreté, l’absence de minimas sociaux pour les 18-25 ans, ou encore la précarité au travail. En étant attribué sans condition d’activité, il est censé apporter une plus grande liberté aux individus. Chacun pourrait choisir de travailler ou non, et quelle part de son temps il veut consacrer au travail. Mais pour parler de choix, encore faut-il que le montant du revenu le permette et que suffisamment d’emplois soient créés pour ceux qui en veulent. Si à gauche il n’est pas question, pour le moment, d’avoir un revenu de base « solde de tout compte » -Benoît Hamon prévoit de le substituer au RSA mais pas à toutes les aides- les libéraux favorables à ce nouveau minimum social y voient la possibilité de regrouper toutes les aides en une seule.

 

Dans son livre Capitalisme et liberté, Milton Friedman, chantre du néo-libéralisme voit dans le revenu de base un moyen de simplifier les aides sociales et d’alléger le rôle de l’État. Plus de services publics, plus de salaire minimum, plus d’aides sociales qui dépendraient des besoins de chacun mais « un plancher au dessus duquel le marché peut jouer comme il l’entend » comme l’explique le sociologue Daniel Zamora.

 

S’il y a indéniablement un revenu universel de gauche et un revenu universel de droite, rien n’empêche que l’on passe aisément du premier au second. «Le risque est qu’il soit utilisé pour libéraliser un peu plus le marché de l’emploi car, la société assurant un tel revenu, les employeurs en profiteraient pour baisser les salaires. Les libéraux intelligents comprennent le parti qu’ils pourraient en tirer : abolir la protection sociale actuelle et renvoyer le travailleur à sa condition d’individu isolé» s’inquiète l’économiste Jean Marie Harribey. C’est d’ailleurs en vue de flexibiliser son marché du travail que la Finlande a expérimenté la mesure en ce début d’année. En proposant un socle de 560 euros à chacun, le pays espère inciter les travailleurs à accepter plus de contrats à durée déterminée et à temps partiel.

 

Pour Daniel Zamora, le revenu universel n’est pas « l’aboutissement de nombreuses conquêtes sociales passées, mais, au contraire, l’alternative logique à leur abandon. ». Abandon du combat contre le chômage, la robotisation des emplois, et l’ubérisation du marché du travail. Plutôt que d’affronter cette nouvelle forme de précarité, on proposerait « une béquille de l’ubérisation » selon les termes de l’ancienne ministre Delphine Batho. Mais surtout, on assiste à un renoncement sur le front des inégalités. Selon le rapport LIDER rédigé par l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence, la mesure n’aurait qu’un impact limité sur les inégalités. Pour la CGT, d’autres choix politiques permettraient de répondre aux inquiétudes auxquelles s’adresse le revenu universel sans pour autant mettre en péril le système de protection sociale. La réduction du temps de travail à 32h, une meilleure indemnisation du chômage, une augmentation significative des minimas sociaux sont autant de mesures qui permettraient de lutter contre la pauvreté et les inégalités. Ces solutions coûteraient par ailleurs moins cher que le revenu universel, mais demanderaient, il est vrai, davantage de courage.

 

Maëva Gardet-Pizzo – La Marseillaise

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